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La Côte d'Ivoire entre performances économiques et détournements de derniers publics

Economie et Politique

OPINION – La Côte d’Ivoire entre performances économiques et détournements de derniers publics (Par NAZAIRE KADIA) 

La Côte d’voire, pays de tous les possibles et de tous les miracles, étonne le monde comme annoncé par les oracles en 2011. Et le monde ne tarda pas à tomber sous le charme des prouesses et des performances dans tous les domaines de ce « pays béni » de Dieu.

Les soutiens objectifs du pouvoir ivoirien nous le démontrent chaque jour que Dieu fait. Les images de ponts, d’échangeurs, de routes bitumées, de la plus haute tour d’Afrique, et d’autres infrastructures construites ou en construction, sont publiées à profusion pour le prouver. Ils ne font non plus d’économie en publiant des statistiques, soit du FMI (Fonds monétaire international), soit de la Banque mondiale, soit d’autres structures financières, qui font de la Côte d’Ivoire, le pays le plus riche de la Cedeao, ou le plus puissant de l’Uemoa.

S’il est indéniable qu’au plan macro-économique le pays a fait des avancées, il n’en demeure pas moins que l’envers de la médaille est moins reluisant. Le quotidien des Ivoiriens rime toujours avec la cherté de la vie, et la paupérisation galopante. En début d’année, dans une atmosphère rendue maussade par l’annonce du renchérissement du coût de l’électricité, un rapport de la Cour des comptes est venu en rajouter au doute, à la confusion et au désespoir du peuple ivoirien, qui se demande bien de quoi demain sera fait.

D’un côté, l’augmentation du prix des produits de premières nécessités lui fait déjà vivre une déprime sans nom, de l’autre, il constate avec amertume, que les taxes et les services qu’il paye à l’Etat, sont gérés avec une légèreté déconcertante qui frise la malversation ou le détournement. Jusqu’à présent les violentes questions, les interrogations ou les remarques de la Cour des Comptes, n’ont pas eu de réponse de la part de ceux à qui elles sont destinées. 

La récurrence des détournements et autres malversations, doit interroger plus d’un Ivoirien

Ainsi, une fumée opaque couvre encore la destination de l’argent recouvré par l’entreprise Snedai au titre des frais pour les visas et les passeports. L’évaporation dans la nature de l’argent du contribuable ivoirien, semble être un jeu auquel affectionnent jouer en toute impunité certains responsables. L’année dernière, une présomption de détournement de fonds à hauteur d’un peu plus de 500 millions de F CFA à l’Artci a meublé le début de l’année nouvelle.

Les résultats de l’enquête qui était en cours, courent toujours, et les ivoiriens attendent qu’ils s’arrêtent pour véritablement savoir de quoi il retourne ! Ainsi, aux belles performances et aux prouesses économiques que réalise le pays, il faudra désormais adjoindre, une autre prouesse, celle des malversations et des détournements de deniers publics.

La récurrence de ces détournements et autres malversations, doit interroger plus d’un Ivoirien. Ils sont de toute évidence encouragés par la quasi impunité dont bénéficient les auteurs. La seule sanction qui leur est infligée, est de céder leurs fauteuils à d’autres personnes, sans plus. Les résultats des enquêtes diligentées sont toujours attendus.

Autant on est sidéré par la célérité avec laquelle la justice enquête, juge et condamne quand il s’agit d’affaires politiques comme le «  braquage  de la Bceao par Laurent Gbagbo», ou de faits de société comme « l’affaire Marie Paule Adjé-Observateur Ebène », autant on est abasourdi par la lenteur que met cette même justice pour boucler les enquêtes liées aux détournements de deniers publics avérés. Les exemples sont légion.

Où en est l’enquête diligentée à cet effet ?

Il y a quelques années, la presse a fait état de dizaines de milliards de F CFA disparus au Guichet unique. L’épaisse fumée qui a enveloppé cette affaire ne s’est jusqu’à présent pas dissipée. C’est un silence de cimetière assourdissant qu’il est donné d’entendre. Cette même presse a révélé la disparition de 500 milliards de F CFA, fruits de la sueur de nos parents planteurs, au Conseil Café-Cacao. 

Comme sanction, on a juste relevé le directeur général de ses fonctions, sans poursuite judiciaire. Et comme si cela ne suffisait pas, l’Etat de Côte d’Ivoire est allé sur le marché financier emprunter 300 milliards de F CFA, pour combler le « trou » creusé. Somme, que nous allons tous, à notre corps défendant, payer, alors que « pour nous n’est pas sorti dedans ». Où en est l’enquête diligentée à cet effet ? Quelle sanction a été appliquée au directeur général de cette structure hormis son limogeage ?

Les cas les plus médiatisés dans cette course aux détournements sont ceux de certains directeurs généraux d’entreprises publiques et parapubliques, limogés suite à un audit commandité par l’Etat. Ainsi, Diaby Lanciné du FER, Yapi Ange Désiré de la NPSP, Bilé Diéméléou de l’ARTCI et Coulibaly Lamine de l’AGEF, épinglés par l’audit comme ayant opéré des malversations dans la gestion des entreprises dont ils avaient la charge, ont juste libéré le tabouret. Pour l’instant, hormis Coulibaly Lamine, aucun d’entre eux ne connaîtra les délices de l’univers carcéral. L’un d’entre eux a même été élu maire dans une localité.

Subir la rigueur de la loi

On ne saurait oublier les malversations à la Petroci et à la Gestoci, avec à la clé, la disparition de 17 000 tonnes de gaz, sans qu’aucune explication ne soit donnée au peuple ivoirien. Alors, relever de leurs fonctions des directeurs généraux convaincus de détournements et de malversations, qui se sont enrichis sur le dos du contribuable ivoirien, et les laisser jouir en toute quiétude de leurs fortunes, malhonnêtement amassées, est le symbole achevé de l’impunité qui sévit dans la troisième République, et une insulte à l’intelligence des ivoiriens.

Mais le plus désespérant quand on évoque ces cas de détournement dans les discussions, c’est que les soutiens objectifs du pouvoir n’hésitent pas à affirmer que « sous Gbagbo, il y avait aussi des détournements ». Objectivement, qu’y a-t-il à se comparer à un pouvoir qu’on a traité de tous les noms, et combattu huit années durant, au travers d’une rébellion armée ? Pourquoi tomber dans les mêmes travers qu’on lui reprochait ?

Il est vraiment temps que soit mis un terme à l’impunité dont semblent bénéficier, tous ceux qui jusque-là, sont accusés de détournement de deniers publics. Au-delà des effets d’annonce que constitue leur limogeage, ils doivent subir la rigueur de la loi après un procès, et être obligés de rendre ce qu’ils ont frauduleusement soustrait au peuple. Ainsi va le pays. Mais arrive le jour où l’ivraie sera séparée du vrai.

NAZAIRE KADIA 

Analyste politique

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