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Les États-Unis et la politique étrangère fu "gros bâton"

Monde

Les États-Unis et la politique étrangère du « gros bâton » (Par NAZAIRE KADIA) 

La politique étrangère actuelle des Etats-Unis est dans la droite ligne de celle qui avait cours au début du 20ème siècle avec Théodore Roosevelt. C’est ce qu’il était convenu d’appeler : « La politique du gros bâton ou Big Stick Policy ». La politique du gros bâton, dérivée de la doctrine de Monroe(1832) qui préconisait la non- intervention des Européens dans les affaires américaines et la non- intervention des USA dans les affaires européennes, va connaitre une évolution avec Théodore Roosevelt. 

Avec le président Théodore Roosevelt, les Etats-Unis s’arrogent désormais le droit d’intervenir unilatéralement hors de leur territoire, et précisément dans les Caraïbes et en Amérique Centrale. La politique du gros bâton est un concept emprunté à un proverbe africain : « Parler doucement avec un gros bâton à la main ». C’est une politique faite de pression, de chantage, d’intimidation et d’intervention, adossée à une puissante force armée, pour vaincre toute velléité de résistance de l’adversaire et obtenir ce qu’on recherche. C’est le fondement même de l’impérialisme américain.

La première manifestation de cet impérialisme est le conflit hispano-américain de 1898 qui se termina par le traité de Paris (10/12/1898) et qui a permis aux Etats-Unis de faire main basse sur Porto Rico et Cuba. Tirant les conséquences de ce succès, Théodore Roosevelt en fit l’essence de sa politique étrangère pour obtenir tout ce qu’il voulait et garantir ainsi les intérêts des Etats-Unis.

A cette politique du gros bâton, va succéder «la diplomatie du dollar ». La domination devient plus économique et c’est le triomphe des grands investissements dans le monde et spécifiquement en Amérique Latine. « Le gros bâton » renaîtra pendant la guerre froide et à mesure que se développaient les contestations révolutionnaires et les guérillas en Amérique Latine. Avec cette politique dont le bras armé était la CIA, les Etats-Unis n’hésitaient pas à déstabiliser ou à renverser des gouvernements qu’ils n’appréciaient pas ou qui menaçaient leurs intérêts. 

C’est le cas du Chili en 1973 avec la chute de Salvador Aliende (voir l’excellent film « il pleut sur Santiago »). Après le Vietnam, l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie ont été des zones d’application de cette politique. Avec Donald Trump au pouvoir, non seulement les Etats-Unis avaient toujours le gros bâton en main, mais ne parlaient plus doucement. C’étaient des vociférations, des invectives, des menaces, des intimidations, des injonctions et des propos désobligeants à l’encontre de tout le monde y compris de ses propres alliés européens. Il ne prenait même plus la peine de les consulter et les mettaient tous devant le fait accompli. Et comme de gentils « toutous », ceux-ci s’alignaient tous. 

Si Donald Trump doit annoncer de grandes décisions c’est via les réseaux sociaux que tout le monde en prenait connaissance. Quelle délicatesse ! Ainsi :

1 – Les Etats-Unis sont unilatéralement sortis de l’accord de Paris sur le climat

2 – Les Etats-Unis sont également sortis unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien

3 – Les Etats-Unis ont décidé unilatéralement d’imposer des taxes sur l’acier au mépris des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Moins prolixe que Donald Trump, Joe Biden son successeur, ne continue pas moins de toujours brandir le gros bâton

Ce président américain n’avait que des menaces à la bouche. Le Venezuela qui préparait tranquillement ses élections présidentielles à cette période, fut menacé d’intervention militaire américaine. L’Iran qui avait montré sa bonne foi en gelant son programme nucléaire, fut également menacé de sanctions économiques plus dures. La Corée du Nord ne fut pas en reste, toujours menacée qu’elle est d’être frappée du gros bâton ! !

Cette politique étrangère américaine fondée sur le chantage, les invectives, les grossièretés, les états-d’âmes, les émotions, les actions unilatérales, les maladresses, est le signe évident d’une perte de vitesse, inacceptable pour Donald Trump, dans une Amérique économiquement concurrencée et dans bien de domaines, dépassée par des pays comme la Chine. Elle conduit les Etats-Unis droit vers un isolationnisme (autre politique bien adorée par les Américains) qui ne dit pas son nom. Dans ce cas comment les Etats-Unis pourront-t-ils jouer les gendarmes du monde en s’isolant ?

Moins prolixe que Donald Trump, Joe Biden son successeur, ne continue pas moins de toujours brandir le gros bâton. Ainsi les Usa peuvent fournir armes, munitions et argent à l’Ukraine dans sa confrontation avec la Russie, mais s’offusquent que l’Iran, la Corée du nord ou la Chine en fassent autant pour la Russie. Toutefois, aujourd’hui, les menaces et les intimidations des Etats-Unis n’impressionnent plus personne. Tous sont conscients qu’une déflagration pourrait conduire à Armageddon. Et personne n’y a intérêt. Attendons de voir… Ainsi va le monde. Mais arrive le jour où l’ivraie sera séparée du vrai.

NAZAIRE KADIA 

Analyste politique

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