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Pourquoi le RHDP privilégie-t-il toujours l’argument de la force à la force de l’argument ?

Economie et Politique

Côte d’Ivoire : Pourquoi le RHDP privilégie-t-il toujours l’argument de la force à la force de l’argument ? (Par NAZAIRE KADIA)

Dans le paysage politique ivoirien, le Rhdp apparait comme un parti qui est toujours dans une posture de belligérance et qui ne conçoit les rapports avec les autres partis politiques, que dans un prisme d’affrontement, non d’idées, mais bel et bien de muscles. Sûr qu’il est de pouvoir compter sur les forces de la République (police, gendarmerie, armée…) mais aussi sur…les microbes.

Comment peut-on objectivement expliquer cette propension à ne tout voir que dans un rapport de force ? Pourquoi le Rhdp privilégie-t-il l’argument de la force, à la force de l’argument ? Pour mieux cerner la «personnalité » du Rhdp et comprendre la violence qui semble le caractériser, il serait bienséant de remonter des années en arrière, à son « accouchement », et à son évolution de l’enfance à l’adolescence.

Il faut le dire, l’accouchement » de l’enfant «unique » dont le nom (Rhdp), choisi, bien avant même sa conception, fut, des plus difficile. Une césarienne a été d’une absolue nécessité pour sortir cet enfant qui ne voulait pas sortir. Ce fut également difficile pour les deux parents (RDR ET PDCI-RDA), de s’accorder sur la conduite à tenir.

Autant Père Rdr était pressé d’entendre les premiers cris de protestation de l’enfant Rhdp sur cette terre injuste des hommes, et prouver ainsi que sa virilité ne saurait être mise en doute, autant Mère Pdci hésitait à goûter à l’extase d’un bonheur incertain où il ne lui reviendra pas l’honneur de choisir le nom de l’enfant, tâche habituellement dévolue au père. Mère Pdci craignait également que l’enfant ne prenne pas son caractère et ne lui ressemble pas.

C’est dans ce jeu de cache-cache, teinté d’hypocrisie, que les jours pairs, les deux parties (RDR-PDCI), faisaient chorus pour annoncer la bonne nouvelle de la naissance l’enfant (Rhdp), puis les jours impairs, Mère Pdci affirmait que le travail pré-accouchement s’était estompé, donc point d’accouchement. Après cet épisode, la bonne nouvelle de la naissance de l’enfant Rhdp, fut enfin annoncée. Elle avait envahi tout le pays, et fut accueillie dans une ferveur, une joie et une allégresse indicibles.

Mais au moment où plusieurs personnes en liesse, les bras chargés de flacons d’eau de Cologne, de savons, et d’autres encore, munis d’encens, de myrrhe et d’or, pour aller saluer la mère et faire allégeance à l’enfant divin, Mère Pdci, sur le perron de la maternité, fit savoir que l’enfant est « retourné » dans son ventre. La déception fut à la dimension des attentes et des espoirs placés en cet enfant divin. Après quelques jours d’attente qui paraissaient être une éternité, l’enfant naquit enfin. Toute la gloire fut rendue à l’Incréé, de l’avoir enfin donné à la Côte d’Ivoire et à l’humanité.

Mais que de péripéties !

Que de souffrance ! 

Enfin la délivrance ! 

Comment agira-t-il lorsqu’il n’aura plus le « gros bâton » en mains ?

Ce fut vraiment difficile. Comment pouvait-il en être autrement ? Tout accouchement est difficile et douloureux. Après les caprices de Mère Pdci qui se refusait obstinément à «pousser », Père Rdr, dut employer les grands moyens. Il n’était pas question pour lui qu’on mît en doute sa virilité et sa fertilité. Mère Pdci fut ligotée au lit d’accouchement, et ordre fut donné au médecin-accoucheur de faire une césarienne pour sortir l’enfant Rhdp, au destin immense, venu pour sauver l’Eburnie.

Mais de l’enfance à l’adolescence, l’enfant Rhdp a toujours adopté une incompréhensible posture de belligérance, et de tribu assiégée. Il était toujours prêt à en découdre avec tous ceux qui ne partageaient pas ses points de vue ou qui contestaient son autorité. Il ne supporte pas la contradiction et n’admet pas les critiques. Il ne conçoit l’amitié qu’en termes de soumission à son autorité (selon la belle formule de feu Jean Konan Banny). 

C’est également un adepte de la politique du «gros bâton ». Mais à la différence des autres adeptes de cette doctrine, lui ne parle pas doucement, une fois le « gros bâton en mains…Et ce bâton, il l’a toujours. Voilà d’où vient cette posture belliqueuse du Rhdp. Un caractère forgé par son difficile accouchement, un manque criard de confiance en soi, une peur bleue d’aller à une confrontation loyale avec ses adversaires, et surtout la peur d’un lendemain dont il n’a pas la maîtrise. 

Ne dit-on pas que l’enfance est le père de l’homme ? Ceci explique cela. Qu’en sera-t-il quand l’adolescent deviendra adulte, puis vieux ? Comment agira-t-il lorsqu’il n’aura plus le « gros bâton » en mains ? Que fera-t-il lorsqu’il n’aura plus la violence d’Etat à sa disposition ? Nul ne saurait le dire. Demain nous situera certainement. Demain est certes un autre jour, mais demain arrive toujours, et l’ivraie sera séparée du vrai.

NAZAIRE KADIA 

Analyste politique

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