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"Bédié a joué un rôle crucial dans la consolidation de la paix et la stabilité de la Côte d'Ivoire" (Témoignage) 

Economie et Politique

« Bédié a joué un rôle crucial dans la consolidation de la paix et la stabilité de la Côte d’Ivoire » (Témoignage) 

Au moment où il s’apprête à quitter la terre de ses ancêtres, sa terre natale, la terre de tous ses frères et sœurs ivoiriens qu’il a tant aimée, je voudrais humblement, à mon tour, porter un hommage au Président Aimé Henri Konan Bédié. J’ai été longtemps silencieux parce qu’il était pour moi difficile de réaliser le drame qui est arrivé à la Côte d’Ivoire depuis le 1er août 2023, ce jour où la nouvelle nous a surpris partout où nous étions chacun. Mon hommage à Son Excellence Henri Konan Bédié sera axé sur les rencontres que j’ai pu avoir avec lui. Je parlerai de l’homme, de quelques actions politiques, et de ce qu’il a été.

J’ai rencontré le Président Henri Konan Bédié pour la première fois à sa résidence à Daoukro le 08 Novembre 2018. Le rendez-vous avait, à l’époque, été arrangé par l’un de ses proches, qui était considéré comme son neveu, son petit frère, M. Henri Konan, que certaines personnes bien introduites ont connu. Paix à son âme, car lui aussi est décédé. Et à côté, M. Porquet Romain, mon cher grand frère. Le jour de la rencontre, effectivement, cette rencontre était une audience accordée au CRI panafricain, dont la délégation était dirigée par le Président Abel Naki.

Pour la première fois, nous avions vu le Président Henri Konan Bédié. Et lorsque nous sommes arrivés à Daoukro, nous avons été vraiment mis à un niveau. Nous avons connu toute la considération digne des ministres ou des chefs d’État qui venaient rendre visite au Président Bédié. J’ai été vraiment frappé par le protocole, par l’accueil et même par l’entretien. Nous avions patienté des minutes dans la salle d’attente, parce que lorsque nous sommes arrivés, le Président recevait des groupements. Et après ces rencontres, c’était le tour du CRI panafricain. 

Je reviens sur le protocole qui était vraiment excellent. Le Président Abel Naki a pris la parole, il a donné les nouvelles, et ils sont entrés dans le vif du sujet. Le Président Bédié, était assis en face, et il prêtait attention à chaque mot qui sortait de la bouche de son interlocuteur. Je me souviens qu’il avait son légendaire cigare quelque part au bout du doigt. À quelques moments, il souriait, il hochait la tête, il écoutait religieusement et prêtait attention. Lorsque le Président Abel Naki avait fini, il reprit la parole une dernière fois et nous invita au déjeuner. 

Il avait vraiment apprécié notre visite. C’était la première fois que je déjeunais avec le Président Bédié. Là aussi, c’était tout un rituel digne de sortie de chef d’État. J’étais impressionné, moi, le jeune directeur du cabinet porte-parole qui faisait partie de la délégation. Voilà comment s’est passée la première rencontre. Elle a été très bien, elle a été satisfaisante. Une fois que nous sommes passés à la phase de la CDRP, le Président Abel Naki étant absent, c’était moi qui devais représenter le CRI panafricain à ces nombreuses et grandes réunions des partis de l’opposition qui se mettaient ensemble pour la première fois en vue des élections présidentielles de 2020. 

In homme au grand cœur

Pas sur la base d’un thème idéologique, mais c’était une plateforme non-idéologique. C’est-à-dire que le Président Bédié a réussi à fédérer autour de lui des partis de gauche, de droite, de centre, et de la société civile. C’était la première fois qu’on le voyait en Côte d’Ivoire. Et cela est à saluer. Beaucoup de personnes qui ne connaissant pas le Président Henri Konan Bédié, disaient de loin que c’était un homme très méchant, très orgueilleux et surtout rancunier. Très honnêtement, après la première rencontre avec le Président Bédié, je me suis retrouvé à être de ceux qui le défendaient partout parce qu’il faut approcher l’homme pour le connaître. 

Le Président Bédié, je vais le dire pour la première fois, lorsque je suis arrivé à Daoukro, j’ai pu constater combien de fois sa résidence était bondée de monde. Tout ce monde qui venait avait des problèmes à expliquer, des problèmes à raconter, certains étaient de la ville de Daoukro, d’autres venaient de la région, certains même d’Abidjan et du Nord, bref de tous les points cardinaux de la Côte d’Ivoire. Le Président Bédié pouvait recevoir par jour un nombre incalculable de personnes, et son service protocole peut le confirmer. Ce monsieur était un homme au grand cœur. 

Je me souviens de cette fois où, après une autre rencontre avec lui, avant le déjeuner, j’ai vu une jeune fille de peut-être 18, 19 ans, venue avec ses cousines, une fille de Daoukro, qui a pu avoir une audience avec le Président Bédié. Elle expliquait ses problèmes en Baoulé, elle disait qu’elle avait beaucoup de soucis. Quand elle a fini, le Président Bédié lui a demandé ce qu’elle voulait. Elle a dit qu’elle voulait ouvrir un salon de coiffure. Tout de suite, le Président Bédié a mis la main à la poche, a sorti une enveloppe après avoir consulté M. Porquet, et on lui a donné. Le problème de la jeune fille était réglé et elle est partie. Voici ce qu’était l’homme.

Le Président Bédié était quelqu’un qui aimait la vie, qui tenait à la vie

Tous les hommes politiques de la Côte d’Ivoire, je ne vais pas citer de noms, mais j’en connais qui passaient régulièrement le voir. Vous ne pouviez pas aller voir le Président Bédié et repartir sans qu’il ne fasse un geste. À la limite, il payait le carburant de tout le monde, quel que soit qui vous étiez. Je vais venir sur une anecdote où, pendant que nous faisions les activités de la CDRP, le secrétaire général de notre parti est tombé malade et est décédé. Pour ses obsèques, le Président Bédié a participé avec une somme conséquente, des mots de réconfort et tout son soutien. Le Président Bédié était quelqu’un qui avait la main sur le cœur.

Lorsque le Président Abel Naki a été frappé par la Covid-19 en février 2021, il était dans un état très grave et au bord de la mort. Le Président Bédié a pris en charge totalement ses frais d’hospitalisation en France, il a été traité, suivi jusqu’à ce qu’il s’en remette. Il en a même fait le témoignage le mercredi 22 mai 2024 à la résidence du Président Bédié lors de la présentation des condoléances ; donc cela est public. Le Président Bédié était un homme très ouvert, très gentil. Politiquement parlant, je me souviens lorsque nous étions en phase de désobéissance civile, c’était lui qui, devant la fougue des jeunes que nous sommes, est allé rencontrer le Président Ouattara pour calmer les choses au nom de la paix, au nom du fait qu’il fallait sauver des vies. 

Tout le monde n’était pas d’accord, mais une chose était sûre: le Président Bédié était à la recherche de la paix et il a pris cette décision que tout le monde ne comprenait pas, mais cela a sauvé des vies. Le Président Bédié était quelqu’un qui aimait la vie, qui tenait à la vie. Il ne voulait pas voir les Ivoiriens mourir. Personnellement, je vais donner une dernière anecdote. Lorsque nous avions commencé les rencontres de l’opposition, une fois à Daoukro, j’étais avec le Président Bédié et la plupart des chefs de partis politiques de l’opposition. Je vais citer le Président Affi N’Guessan, le ministre Azoumana Moutaye, le ministre Gnamien Konan, madame la ministre Boni Claverie, Mamadou Koulibaly, etc. 

Son leadership a été marqué par un engagement constant envers la réconciliation nationale

Tous les membres de l’opposition étant représentés, et le Président Abel Naki étant absent, c’était moi qui étais sur la table de séance. Le Président Bédié avait pris la parole et, lorsqu’il avait fini ses propos liminaires, il y a eu deux interventions et la troisième c’était moi. Lorsque j’ai pris la parole, certaines personnes se demandaient sûrement « mais c’est qui ce jeune homme ? » Eh bien, j’étais le directeur de cabinet du Président Abel Naki et mon ami Kossonou, alors Secrétaire Général du MFA, m’a dit plus tard en confidence que lorsque j’ai pris la parole pour la première fois, le Président Bédié m’a regardé et a sursauté un peu dans son fauteuil. 

Il a prêté toute son attention à ce que je disais parce que je faisais des critiques relativement à la stratégie de l’opposition et j’ai aussi fait des propositions qui ont été bien accueillies. Depuis ce jour-là, le Président Bédié m’a remarqué et chaque fois que nous faisions des réunions de l’opposition, soit il me prêtait une attention particulière, soit il venait me saluer avec quelques taquineries. J’ai eu plusieurs rencontres avec lui en trois années avec le Président Abel Naki pour des discussions stratégiques et politiques jusqu’à ce que, la dernière fois, il me tienne par la main lors de notre dernière rencontre. C’était un moment empreint de respect et de profonde affection. 

Nous avions discuté longuement de l’avenir de la Côte d’Ivoire, de la jeunesse et des valeurs qu’il souhaitait transmettre. Dans ses propres mots, le Président Bédié avait dit : « La paix n’est pas un vain mot, c’est un comportement.» Cette citation résume parfaitement son approche de la politique et son dévouement à la cause de la paix. Le Président Bédié a joué un rôle crucial dans la consolidation de la paix et la stabilité de la Côte d’Ivoire. Son leadership a été marqué par un engagement constant envers la réconciliation nationale. Par exemple, pendant la phase de désobéissance civile en 2020, c’est lui qui, au nom de la paix, a pris l’initiative de rencontrer le Président Ouattara. 

Le Président Henri Konan Bédié nous a quittés, mais son héritage perdure

Cette démarche a permis d’apaiser les tensions et d’éviter une escalade de violence qui aurait pu être désastreuse pour le pays. Il a également été un bâtisseur de ponts entre les différentes factions politiques. Grâce à sa capacité à fédérer, il a réussi à rassembler autour de lui une diversité de partis politiques, des plus conservateurs aux plus progressistes, afin de former une opposition cohérente et efficace. Cette aptitude à unir et à inspirer a été l’une des marques distinctives de son leadership. 

Le Président Henri Konan Bédié nous a quittés, mais son héritage perdure. Il laisse derrière lui un exemple de leadership sage, de dévouement à son pays et de générosité envers ses concitoyens. Sa capacité à écouter, à comprendre et à agir pour le bien commun restera gravée dans nos mémoires. Sa vision pour une Côte d’Ivoire unie et prospère est un objectif vers lequel nous devons continuer de travailler. Que son âme repose en paix et que son exemple inspire les générations futures. En rendant cet hommage, je me remémore les moments partagés, les leçons apprises et l’impact durable qu’il a eu sur moi et sur tant d’autres. 

Le Président Bédié n’était pas seulement un leader, il était une source d’inspiration et un pilier pour la nation ivoirienne. Une autre de ses réflexions mémorables que nous puissions garder jalousement : « Il est du devoir de chaque Ivoirien de contribuer à la stabilité et à la prospérité de notre nation. » Ces paroles illustrent son appel constant à l’unité et à la responsabilité collective. 

Repose en Paix Président…

Ahouman Gaël Lakpa, Analyste Sociopolitique et Écrivain Ivoirien.

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