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Affaire "GBAGBO et le braquage de la BCEAO": 20 ans après, à quel niveau se trouve l'enquête du casse des succursales de Bouaké, Korhogo et Man? 

Economie et Politique

Affaire « GBAGBO et le braquage de la BCEAO »: 20 ans après, à quel niveau se trouve l’enquête du casse des succursales de Bouaké, Korhogo et Man? 

L’actualité ces jours, bruit avec la démonstration de force opérée par le Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (Ppa-ci) à la deuxième édition de sa « fête de la Renaissance », à Agboville les 5 et 6 avril derniers. A cette occasion, le président du parti, Laurent Gbagbo, a tenu un discours qui a retenu l’attention de nombreux ivoiriens. Il a abordé plusieurs sujets importants, dont entre autres, la cherté de la vie, la mévente du cacao ivoirien, la Cei, les prisonniers politiques et militaires de la crise de 2010, etc. Mais certains petits esprits n’ont retenu que l’anecdote de la « cuisine » à la Haye.

Laurent Gbagbo s’est surtout appesanti sur sa condamnation à 20 ans de prison pour le «braquage » de la Bceao qu’il récuse, brandie comme une épée de Damoclès sur sa tête et qui fonde sa radiation sur la liste électorale. Il a même qualifié cela comme une plaisanterie au cours d’une interview qu’il avait accordée à un journaliste français. Ce point important mérite qu’on s’y arrête pour comprendre les tenants et les aboutissants d’une machination 

Pour rappel. Au plus fort de la crise postélectorale, la France, l’Union Européenne et ce qu’il est convenu d’appeler la «communauté internationale », avaient soumis la Côte d’Ivoire à toutes sortes d’embargos, dont un embargo sur les médicaments, à l’effet d’asphyxier le pays, provoquer le soulèvement des ivoiriens et in fine, contraindre le président Laurent Gbagbo à la démission.

Outre ces embargos, les grandes banques, dont la plupart sont des succursales des banques françaises, ont rejoint la danse en fermant leurs portes sans prendre soin d’en avertir leurs clients. La BCEAO n’était pas en reste. 

« La Bceao, à ce qu’on sache, n’a jamais porté une quelconque plainte pour avoir subi des préjudices ou avoir été l’objet de braquage »

L’Etat souverain de la Côte d’Ivoire, qui avait des devoirs vis-à-vis de sa population, a pris une réquisition pour l’ouverture de ces banques, et assisté d’huissiers, a fait des retraits sur son compte à lui, dans les livres de la BCEAO. Cet argent tiré du compte de l’Etat, a permis à celui-ci de continuer de fonctionner, en faisant face à ses différentes charges. 

Ainsi les fonctionnaires ont perçu leurs salaires grâce à cet argent, mais également, tous les anciens ministres, les anciens présidents d’institution, les anciens premiers ministres et les anciens présidents de la République ont perçu leurs rentes viagères. La Bceao, à ce qu’on sache n’a jamais porté une quelconque plainte pour avoir subi des préjudices ou avoir été l’objet de braquage.

Si pour ce fait, la justice ivoirienne a condamné le président Laurent Gbagbo pour braquage, elle devait en toute logique poursuivre les fonctionnaires, dont les juges et procureur de cette affaire, les anciens ministres, les anciens premiers ministres et les anciens présidents de la République pour recel, étant entendu que ceux-ci ont eu droit à leurs émoluments grâce à l’argent du «braquage ». 

Mais qu’on ne s’y trompe pas. La justice ivoirienne a des contorsions dont elle seule, a le secret. Et cela est désormais familier. On a en mémoire que c’est pendant le procès de la Haye, lorsqu’une rumeur persistante a fait état d’une libération provisoire des accusés, qu’opportunément, la justice ivoirienne s’est empressée de juger et de condamner le président Gbagbo à 20 ans de prison par contumace selon les uns, par défaut selon les autres.

« La justice ivoirienne n’est pas à une contradiction près »

Il s’agissait véritablement de se donner des arguments juridiques, pour tenir le président Laurent Gbagbo loin des joutes électorales qui pointaient à l’horizon. C’est le même modus operandi qui fut employé à l’égard du ministre Charles Blé Goudé. En effet, acquitté par la Cour Pénale Internationale, lavé de la souillure qu’on a voulu lui accoler, et en attente de sa libération définitive, comme par extraordinaire, la justice ivoirienne a décidé de le poursuivre pour « crimes contre des prisonniers de guerre».

S’étant certainement rendu compte de la grossièreté et de la vacuité d’une telle accusation, celle-ci fut muée en « crimes contre des civils et viol » par la justice. Avec une célérité qu’on ne lui connaissait pas, la justice ivoirienne jugea et condamna également M. Charles Blé Goudé à 20 ans de prison. 

Toute cette débauche d’énergie et cette célérité dans l’action ont fini par convaincre les plus sceptiques, que la préoccupation majeure de la justice ivoirienne n’est pas de rendre justice, mais d’aider à mettre hors service, des adversaires sur qui, on n’a aucune emprise.

Mais la justice ivoirienne n’est pas à une contradiction près. On se souvient qu’en 2004, les succursales de la Bceao de Bouaké, Korhogo et Man ont subi un casse mémorable, avec un préjudice énorme. C’est le lieu de demander à la justice ivoirienne, si prompte à l’action quand il s’agit de Gbagbo, de nous dire aujourd’hui, 20 ans après, à quel niveau se trouve son enquête. 

« Au-delà de l’aspect festif, la fête de la Renaissance du Ppa-ci revêt une charge symbolique à deux volets »

Pourquoi ne fait-elle pas preuve de la même célérité comme celle qui a prévalu au dossier du président Gbagbo ? Elle s’est emmurée dans un silence de cimetière, alors que pour ce même casse, la justice française a arrêté et jugé 12 soldats français qui se sont emparés de la somme de 220 millions de FCFA issus du casse de la BCEAO Man. 

On peut certes déplorer la clémence de la justice française à l’égard des soldats français voleurs et receleurs, condamnés à des peines allant de 2 mois à un an ferme, mais le procès a eu le mérite de s’être tenu.

Au-delà de l’aspect festif, la fête de la Renaissance du Ppa-ci revêt une charge symbolique à deux volets : il s’agit de la renaissance d’un homme politique qu’on a tôt fait d’enterrer et de pronostiquer la fin de la carrière politique et d’un parti  dont on voulait vider la substance. Certes ce parti a connu des tribulations, a plié comme un roseau mais ne s’est pas rompu. 

Il est réapparu sous un autre nom et continue sa marche en avant. Avec ce qu’il a été donné de voir hier à Yopougon et aujourd’hui à Agboville…la marche a vraiment repris… Attendons demain pour voir. Demain est certes un autre jour, mais demain arrive toujours et l’ivraie sera séparée vrai. Et s’il y a eu un matin en Eburnie, il y aura assurément un soir. Ainsi va le pays.

Par NAZAIRE KADIA

Analyste politique

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