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Cissé Bacongo peut-il regarder le peuple droit dans les yeux, et affirmer qu’il n’a pas touché à cet argent ? 

Economie et Politique

Affaire « Gbagbo a braqué la BCEAO »: Cissé Bacongo peut-il regarder le peuple droit dans les yeux et affirmer qu’il n’a pas touché à cet argent ? (Opinion) 

La commémoration du 11 avril 2011 par le Rhdp, a été l’occasion pour Cissé Bacongo, Secrétaire Exécutif dudit parti, de répondre à Laurent Gbagbo, relativement à son discours tenu à Agboville, le 6 avril dernier lors de la deuxième édition de la fête de la Renaissance du Ppa-ci.

Morceau choisi: « …Quand j’écoute Gbagbo Laurent, j’ai de la pitié pour lui. J’ai de la compassion pour lui. Alassane Ouattara a évité le génocide. La Côte d’Ivoire avait été prise en otage par Gbagbo et son clan. Laurent Gbagbo est un opposant professionnel, mais pas président…Il faut rafraîchir la mémoire de Gbagbo et de ses militants. C’est toi Gbagbo Laurent qui a nommé les gens qui ont braqué la Bceao, c’est ta responsabilité… ».

Au-delà des incongruités qu’on relève dans les affirmations du  juriste qu’il est, il serait bienséant que Cissé Bacongo dise à la nation ivoirienne, à quel moment la Bceao s’est plaint d’un braquage ou d’avoir subi des préjudices. Pourquoi n’a-t-elle pas porté plainte contre ceux qui ont commis ce braquage selon Bacongo ? Ou même contre le président Gbagbo ? Le juriste qu’il est, sait en son for intérieur que les poursuites engagées au pas de course par la justice ivoirienne instrumentalisée, n’avaient qu’un objectif : se donner les moyens juridiques d’éliminer un adversaire redoutable pour son mentor.

Cissé Bacongo peut-il regarder le peuple droit dans les yeux, et affirmer qu’il n’a pas touché à cet argent ? 

Ensuite, Laurent Gbagbo à Agboville a affirmé que les retraits effectués sur les comptes de la Côte d’Ivoire ouverts dans les livres de la Bceao, selon la procédure en la matière, ont servi à payer le salaire des fonctionnaires, la rente viagère des anciens ministres, anciens premiers ministres et anciens présidents d’institution. Enseignant,  donc fonctionnaire puis ministre, Cissé Bacongo peut-il regarder le peuple droit dans les yeux, et affirmer qu’il n’a pas touché à cet argent ? 

Si non, tant mieux, mais si oui, ne devrait-il pas être lui aussi poursuivi pour recel ? Mais à la réflexion, faut-il accorder du crédit à toute parole qui sort de Cissé Bacongo ? Faut-il s’en indigner ? S’en offusquer ou plutôt en rire ? Que vaut la parole d’un homme qui n’a pas eu le courage d’assumer ses affirmations péremptoires à un moment crucial de la vie du pays ?

Pour rappel. Lorsque battait le plein de la révision de la constitution en 2016, Cissé Bacongo, membre de l’équipe d’experts présidée par le professeur Ouraga Obou, en charge de la rédaction de la nouvelle constitution, était tout feu tout flamme. Il écumait les plateaux de télévision et de radio, donnait des interviews à tout va, à l’effet de convaincre les ivoiriens d’aller au référendum (au pas de course) et voter le oui pour son adoption.

Le silence coupable face au troisième mandat du président Ouattara

A l’inquiétude exprimée par certains ivoiriens, de savoir si cette nouvelle constitution pouvait permettre à l’actuel chef de l’Etat, qui avait déjà deux mandats à son actif d’en solliciter un troisième, la réponse de Cissé Bacongo était sans ambages : Ni l’ancienne constitution qui était sur le point d’être abrogée, ni la nouvelle, en passe d’être adoptée, ne permettent au chef de l’Etat de solliciter un troisième mandat. 

Qui plus est, le chef de l’Etat selon Bacongo, avait déjà déclaré qu’il ne serait pas candidat, et qu’il n’y avait aucune raison de douter de sa parole. Le journaliste Babylas Boton de la chaîne de télévision Africa 24, qui recevait Cissé Bacongo dans le cadre de sa mission d’explication et de persuasion, avait bien insisté sur ce point, donnant même l’impression de douter des assurances de celui-ci.

Ainsi en dépit des assurances données par Cissé Bacongo et les autres experts, et même d’un ministre-gouverneur qui était prêt à mettre sa main au feu, le chef de l’Etat revint sur sa parole et annonça sa candidature, le 6 août 2020 pour l’élection présidentielle d’octobre 2020. Alors qu’on s’attendait à ce que nos illustres experts qui des mois durant, ont assuré que cette candidature n’était possible, montent au créneau  pour dire au chef de l’Etat qu’au regard de la constitution, sa candidature n’est pas possible, ceux-ci, dont Cissé Bacongo, se sont emmurés dans un silence lâche.

Que penser alors de Cissé Bacongo qui n’a pas eu le courage de ses opinions et de son expertise?

Ils ont laissé le soin à des « mécaniciens » pour faire la promotion de leur nouvelle trouvaille : Alassane Ouattara ne sollicite pas un troisième mandat, mais plutôt le premier mandat de la troisième République ! Nombreux étaient les Ivoiriens, ahuris d’entendre Cissé Bacongo reprendre la nouvelle trouvaille, à une conférence de presse du Rhdp sous l’œil vigilent d’Adama Bictogo alors, directeur exécutif dudit parti, se dédisant ainsi définitivement.

Que penser alors de Cissé Bacongo qui n’a pas eu le courage de ses opinions et de son expertise face à une forfaiture aussi flagrante? Comment s’est-il senti après avoir raconté des contre-vérités au peuple ivoirien des mois durant? Que vaut alors aujourd’hui sa parole ?

Faut-il s’en étonner pour autant? Assurément non. L’homme a déclaré être fier « d’être un mouton d’Ado ». Ceci explique certainement… cela. Ainsi va le pays. Mais arrive le jour où l’ivraie sera séparée du vrai.

Par NAZAIRE KADIA

Analyste politique

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